Comprendre l'APL, l'indicateur officiel d'accès aux soins
Les nombres de cet observatoire viennent d'un indicateur public, l'accessibilité potentielle localisée, ou APL. Conçu par la DREES, le service statistique du ministère de la Santé, et par l'Irdes, il est calculé par la DREES pour chaque commune de France, hors Mayotte. Voici ce qu'il mesure, comment le lire, et ce qu'il ne dit pas.
En une phrase
L'APL répond à une question simple : compte tenu des professionnels installés dans ma commune et autour, de leur activité, et de tous les habitants des environs qui ont besoin d'eux, à quelle quantité de soins les habitants ont-ils accès près de chez eux, en moyenne ? Plus le nombre est élevé, meilleur est l'accès. C'est une moyenne sur un territoire, pas une promesse de rendez-vous.
Ce qui entre dans le calcul
- L'offre. Les professionnels libéraux et les salariés des centres de santé, âgés de 65 ans ou moins, avec leur niveau d'activité et non leur simple nombre : un cabinet ouvert deux jours par semaine ne compte pas comme un temps plein. Cette activité est encadrée par un plancher et un plafond.
- La demande. Les habitants, pondérés selon leur âge, parce que le recours à chaque profession change au fil de la vie.
- La distance. L'offre et les habitants des communes voisines sont pris en compte, de moins en moins à mesure qu'elles s'éloignent, et plus du tout au-delà de vingt minutes de trajet (trente pour les sages-femmes).
Comment lire le nombre
L'unité n'est pas la même pour toutes les professions : on ne compare donc jamais le nombre d'une profession à celui d'une autre, seulement à la moyenne nationale de la même profession.
| Profession | Unité officielle | Moyenne nationale 2023, calcul France Care |
|---|---|---|
| Médecins généralistes | consultations ou visites accessibles par an et par habitantLes habitants ont accès, en moyenne, à ce nombre de consultations dans l’année. | 3,3 |
| Infirmiers | équivalents temps plein pour 100 000 habitantsLe temps de travail d’infirmiers accessible, ramené à 100 000 habitants. | 155,6 |
| Masseurs-kinésithérapeutes | équivalents temps plein pour 100 000 habitantsLe temps de travail de kinésithérapeutes accessible, ramené à 100 000 habitants. | 120 |
| Chirurgiens-dentistes | équivalents temps plein pour 100 000 habitantsLe temps de travail de chirurgiens-dentistes accessible, ramené à 100 000 habitants. | 61 |
| Sages-femmes | équivalents temps plein pour 100 000 femmesLe temps de travail de sages-femmes accessible, ramené à 100 000 femmes et non à 100 000 habitants. | 21,6 |
Les pages de cet observatoire utilisent le millésime 2023 de l'indicateur ; la DREES a publié le millésime 2024 le 22 juillet 2026. Les moyennes ci-dessus sont calculées par France Care sur les données de la DREES, en pondérant chaque commune par sa population. La DREES pondère par la population ajustée selon l'âge : ses moyennes diffèrent des nôtres de moins de 1 %.
Les subtilités de l'indicateur
L'APL dit-elle si j'obtiendrai un rendez-vous ?
Non. L'accessibilité est « potentielle » : elle compare l'offre de soins proche d'une commune au nombre d'habitants qui peuvent y prétendre. Par construction, elle ne mesure ni les délais de rendez-vous, ni si un cabinet accepte de nouveaux patients, ni les tarifs pratiqués : les médecins à honoraires libres comptent comme les autres. Elle indique où l'accès est structurellement tendu, pas ce qui arrivera à une personne donnée.
Pourquoi l'âge des habitants entre-t-il dans le calcul ?
Parce que les besoins de soins changent avec l'âge, et pas dans le même sens selon la profession. La DREES attribue à chaque tranche d'âge de cinq ans un poids proportionnel à sa consommation moyenne de soins auprès de la profession concernée. Pour les médecins généralistes, les infirmiers et les kinésithérapeutes, une commune âgée « pèse » plus qu'une commune jeune de même taille. Pour les sages-femmes c'est l'inverse, et seules les femmes sont comptées. Cela permet de comparer des territoires dont les populations n'ont pas le même âge. Sur l'ensemble de la France hors Mayotte, la population ainsi pondérée reste égale à la population réelle.
Le nombre de consultations est-il compté ou estimé ?
Il part de l'activité réelle des professionnels, connue par les données de l'Assurance maladie, mais cette activité est bornée pour ne retenir que ce que la DREES appelle l'offre soutenable. Pour un médecin généraliste libéral, une activité infime n'est pas comptée, une activité faible est relevée à un plancher, une activité très forte est ramenée à un plafond. Un professionnel libéral qui n'exerçait pas en libéral l'année précédente se voit attribuer une activité conventionnelle d'un temps plein, soit 5 400 consultations, visites et téléconsultations pour un médecin généraliste, plutôt que son activité réelle sur une année incomplète. Ces bornes ne s'appliquent pas aux centres de santé.
Quels professionnels sont comptés ?
Les professionnels libéraux et les salariés des centres de santé, âgés de 65 ans ou moins dans les valeurs publiées par la DREES et reprises ici. Les consultations données à l'hôpital n'entrent pas dans l'indicateur, qui porte sur les soins de ville dits de premier recours. Mayotte n'est pas couverte.
Pourquoi tenir compte des communes voisines, et jusqu’où ?
Parce qu'on se soigne rarement dans les seules limites de sa commune. L'APL d'une commune compte l'offre des communes environnantes, de moins en moins à mesure qu'elles s'éloignent : entièrement jusqu'à dix minutes de trajet, pour deux tiers jusqu'à quinze, pour un tiers jusqu'à vingt, et plus du tout au-delà. Pour les sages-femmes, les paliers sont de dix, vingt et trente minutes. Cette offre est rapportée aux habitants de tous les alentours qui peuvent y recourir. Une commune sans médecin peut ainsi avoir une accessibilité correcte si un pôle bien doté est proche, et une commune qui a un cabinet peut avoir une accessibilité faible si ce cabinet sert tout un secteur.
L'indicateur vaut-il pour une commune touristique ?
Avec prudence. L'APL rapporte l'offre de soins à la population qui réside dans la commune, telle que la recense l'Insee. Par construction, elle ne tient donc pas compte des habitants saisonniers ni des vacanciers : dans une station de montagne ou une commune du littoral, l'accès réel en pleine saison peut être plus difficile que le nombre ne le laisse penser.
Que veut dire « sous-dense » ?
En 2017, la DREES a qualifié de sous-dense une commune dont l'accessibilité aux médecins généralistes est inférieure à 2,5 consultations par an et par habitant. C'est une convention d'étude et non une norme : elle a testé quatre seuils et retenu celui-ci pour ses publications. Cet observatoire reprend ce seuil et ce mot pour les seuls médecins généralistes, en l'appliquant à l'accessibilité aux médecins de 65 ans ou moins, alors que la DREES l'avait posé sur l'accessibilité à tous les médecins : notre lecture compte donc davantage de communes sous-denses que la sienne. Pour les autres professions, nous indiquons seulement une position par rapport à la moyenne nationale. Le zonage des agences régionales de santé, qui ouvre droit à des aides à l'installation, s'appuie lui aussi sur l'APL mais se décide à l'échelle de territoires plus larges que la commune, avec une marge de choix laissée aux agences : une commune peut être en zone prioritaire sans être sous-dense, et l'inverse.
Comment est calculée la valeur d'un département ou d'une intercommunalité ?
C'est la moyenne des valeurs de ses communes, pondérée par leur population, et non la moyenne simple : sans cela, les très nombreuses petites communes pèseraient autant que les villes. La DREES pondère par la population ajustée selon l'âge ; cet observatoire pondère par la population, ce qui donne des valeurs très proches mais pas toujours identiques aux siennes. La DREES prévient aussi que plus on regroupe de communes, plus l'indicateur se rapproche d'une simple densité de professionnels.
Peut-on comparer deux années ?
Avec vigilance, dit la DREES, surtout sur de longues périodes. La pondération par l'âge est refaite chaque année pour comparer les territoires entre eux ; elle ne corrige pas le vieillissement général de la population, qui augmente les besoins d'une année à l'autre. La méthode a par ailleurs été révisée plusieurs fois depuis 2012.
Pourquoi cet observatoire écarte-t-il les très petites communes de ses classements ?
C'est un choix de France Care, pas une règle de la DREES. Dans une commune de quelques dizaines d'habitants, l'arrivée ou le départ d'un seul professionnel aux environs fait varier fortement l'indicateur. Les classements nationaux ne retiennent donc que les communes d'au moins 2 000 habitants, et les rangs départementaux celles d'au moins 200 habitants. La valeur de chaque commune reste affichée sur sa page.
La définition officielle
Cette page simplifie. La définition, la méthode complète et les données de chaque commune sont publiées par la DREES ; ce sont elles qui font foi.
- Accessibilité potentielle localisée (APL) aux professionnels de santé : définition, méthode et données par communeDREES, data.drees
- L'indicateur d'accessibilité potentielle localisée (APL) : évolution des paramètres utilisés (note de méthode, PDF)DREES
- Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ?Les Dossiers de la DREES n° 17, mai 2017
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